Le Maroc s’impose comme fournisseur clé d’engrais et de légumes pour l’UE 


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Jeudi 26 Février 2026

Dans un contexte commercial mondial en pleine recomposition, marqué par les conséquences des sanctions contre la Russie liées à la guerre en Ukraine, le Maroc se positionne comme un acteur incontournable des échanges avec l’Union européenne (UE). Plus qu’un simple exportateur, le Royaume gagne des parts de marché stratégiques dans des secteurs cruciaux, acier de son intégration économique euro‑méditerranéenne.



Le Maroc occupe désormais une place centrale dans les échanges avec l’Union européenne. En 2025, il est devenu le premier fournisseur d’engrais de l’UE, captant 19 % des importations européennes dans ce segment, devant la Russie (12,8 %). Cette évolution significative ne s’explique pas par un hasard, mais par une stratégie économique articulée autour de ses capacités de production en phosphates et dérivés, matérielles essentielles pour les intrants agricoles européens.
 

La guerre en Ukraine a accéléré ce repositionnement. Les sanctions imposées à Moscou ont poussé Bruxelles à réduire sa dépendance historique aux engrais russes, au moment même où l’agriculture européenne cherche à sécuriser ses approvisionnements face à des incertitudes croissantes. Dans ce jeu d’équilibres, le Maroc tire son épingle du jeu. Sa proximité géographique, ses accords commerciaux avec l’UE et des chaînes logistiques rodées lui ont permis de répondre efficacement à une demande européenne en quête de diversification. 


Une dynamique d’exportations plus large que les engrais

Ces avancées ne se limitent pas au seul secteur des engrais. Les données disponibles pour 2024 montrent que les exportations marocaines vers l’Union européenne ont atteint 25,3 milliards d’euros (environ 29,8 milliards de dollars), traduisant une diversification notable des flux commerciaux. Parmi ces échanges, les équipements de transport représentent 28 %, suivis de machines et appareils (24,6 %), produits végétaux (11,8 %), et textiles (11,6 %), reflétant une offre variée au‑delà des produits agricoles traditionnels.
 

Sur le front agroalimentaire, le Maroc conforte aussi sa stature. Les statistiques officielles montrent que le Royaume est le premier fournisseur de légumes de l’UE en 2024, avec des exportations qui dépassent 1 million de tonnes, générant près de 1,7 milliard d’euros, soit une progression de 7 % par rapport à 2023.
 

Un exemple parlant : les exportations de tomates marocaines vers l’UE ont généré plus d’un milliard d’euros en 2024/2025, avec des volumes en hausse d’environ 8 % sur un an et le Maroc représentant près de 70 % du total des importations européennes de tomates.
 

Cette dynamique se voit également sur des produits plus spécialisés, comme les choux de Bruxelles, où le Maroc a atteint un rang mondial parmi les premiers exportateurs en 2025, signe d’une diversification qui dépasse les simples niches traditionnelles.


Défis réglementaires et perspectives à plus long terme

Pour autant, cette montée en puissance n’est pas sans défis. La question de la durabilité de cet avantage compétitif se pose clairement, notamment avec l’entrée en vigueur progressive de réglementations européennes plus strictes en matière environnementale, de traçabilité et de transition verte. Le projet d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) qui pourrait concerner une part importante des exportations marocaines vers l’UE illustre cette nouvelle donne, en liant performance commerciale et résilience climatique.
 

L’adaptation à ces contraintes ne sera pas simple. Elle impose aux opérateurs marocains de renforcer leurs capacités en matière de certification, de conformité réglementaire et de compétitivité verte pour maintenir leur accès au marché communautaire. Des initiatives telles que Morocco Foodex, qui sensibilise aux normes européennes export, reflètent cette prise de conscience croissante.
 

De plus, la recomposition des échanges ne concerne pas uniquement le Maroc. D’autres pays de la région MENA bénéficient aussi des réajustements autour de la Russie, comme l’Égypte sur certains produits agricoles, et des exportateurs mondiaux alternatifs, comme la Norvège ou les États‑Unis, notamment dans l’énergie. 


Une relation renforcée avec l’Union européenne

Malgré ces défis, la tendance est claire : le Maroc apparaît comme un partenaire stabilisateur pour l’UE, capable de fournir des biens essentiels dans un contexte d’incertitudes géopolitiques. Au‑delà des chiffres, cette transformation reflète une intégration économique renforcée et un lien stratégique de long terme avec le marché européen.
 

En résumé, le Maroc a réussi à se forger une place majeure sur le marché européen, non seulement comme fournisseur d’engrais et de légumes, mais aussi comme partenaire économique diversifié. La clé de la pérennité de cette avancée réside aujourd’hui dans sa capacité à conjuguer ambition commerciale, conformité réglementaire et durabilité environnementale, pour inscrire cette réussite dans la durée.





Jeudi 26 Février 2026
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